Ravel-Debussy, duo ou duel ?

Ravel Debussy, Debussy Ravel ! Pour le mélomane, pour le pianiste pratiquant, qu’il soit professionnel ou amateur, la comparaison s’impose. Pourtant, malgré les apparences, leur différence s’impose. Quelles furent les relations de ces deux compositeurs et comment s’influencèrent-ils l’un l’autre ?

Ils sont légion les tandems de contemporains qui, dans une même excellence, eurent l’air de rivaliser ! Raphaël et Michel-Ange, Corneille et Racine, Bach et Haendel, Mozart et Haydn, Dostoïevski et Tolstoï… Debussy et Ravel étaient nés à treize ans de distance : plutôt le grand frère et le cadet incernable. Le paternalisme du premier a-t-il tourné à l’aigre quand le second se révéla doué de manière indiscrète ? La publication d’une édition colossale de la Correspondance de Debussy exige que l’on rouvre le dossier.
Il faut s’étonner du peu de mentions faites de Ravel tout au long de ces quelque 3 076 documents. Trois lignes, à peine, à l’index, alors qu’André Caplet, Richard Wagner, Gabriele D’Annunzio, Louis Laloy, Pierre Louÿs (bien sûr), voire André Messager, Gabriel Mourey et, surtout, Paul-Jean Toulet en ont beaucoup plus. Cela s’explique par l’air du temps (Wagner), mais surtout par les relations de travail : le plus cité est, de loin, son éditeur Jacques Durand.
Seize mentions seulement d’un musicien qui prenait une telle envergure (et ceci en quarante-six ans !) en viennent à signifier deux choses diamétralement opposées : au début, Debussy et Ravel se virent beaucoup et il n’était guère besoin de s’écrire… Après les tiraillements de 1904, c’est la brouille, et Ravel se trouve à peine mieux loti que Saint-Saëns – que l’on ne prisait guère ! Ces évaluations ne prennent donc leur sens que si l’on considère non seulement ce qui est dit, mais aussi quand, voire à qui.

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