Le regard de Marie-Josèphe Jude

Une carrière partagée avec un même bonheur entre l’enseignement et le concert, Marie-Josèphe Jude, pianiste discrète et élégante, et brahmsienne s’il en est, parcourt le sommaire de Piano 21.

Au Conservatoire de Paris, la première œuvre que vous avez travaillée était une pièce de Brahms…
Oui, c’était une année où tout le monde travaillait Carnaval de Schumann. Aldo Ciccolini en avait un peu assez et m’a donné les Ballades op. 10. J’avais 14 ans et je me suis sentie aussitôt dans un univers familier. Après, j’ai abordé les opus 118 et 119, donc vraiment les dernières pièces, celles qui demandent une plus grande maturité musicale. J’ai fait tout mon parcours à l’envers puisque j’ai fini par les pièces appropriées aux jeunes, comme les premières sonates. Mais sans Aldo Ciccolini, je n’aurais pas osé aborder Brahms de cette façon. Sans compter que, à l’époque, dans les années 80, on considérait encore qu’il y avait des répertoires pour femmes, que Brahms et Beethoven, c’était pour les hommes, et Chopin et Schumann, plus pour les femmes ! On avait alors l’idée qu’une femme n’aurait pas assez de pâte sonore, de force, pour jouer Brahms. Songez que lorsque j’ai eu mon prix au Conservatoire, en 1984, les hommes et les femmes passaient le concours séparément. Il y avait deux jours d’épreuves pour les garçons, puis deux jours pour nous.

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