Brahms et Schumann

« Il a nom Johannes Brahms… Voilà un élu. » Telle fut la réaction enthousiaste de Robert Schumann lorsqu’il entendit Brahms pour la première fois, en 1853. Brahms avait 20 ans. Déjà malade, Schumann sut cependant apprécier d’emblée l’art profond du jeune musicien et son “étrange nouveauté”.

C’est à l’automne 1853 que Brahms, fraîchement débarqué à Düsseldorf, frappa à la porte de Schumann. Reçu avec empressement et enthousiasme, il se mit au piano pour jouer sa Première Sonate op. 1 à peine achevée, soulevant l’enthousiasme de la maisonnée dont il devint aussitôt l’un des familiers. Ce fut le double coup de foudre, a écrit José Bruyr, « celui de l’amitié, celui de l’amour ».
Déjà tourmenté par la mélancolie, par les phobies et les délires qui l’emporteront bientôt, Robert écrira : « Brahms, c’est celui qui devait venir. » Tout à son exaltation, il se lança dans la rédaction d’un article fameux publié le 28 octobre 1853 dans son journal, la Neue Zeitschrift für Musik, article solennel et prophétique, rédigé sur le ton enflammé qu’il avait utilisé vingt ans auparavant dans le chant de gloire entonné en faveur de Chopin. Il annonçait l’apparition « d’un jeune artiste au berceau duquel ont veillé les Grâces et les Héros. Il a nom Johannes Brahms ; il nous est arrivé de Hambourg. […] Voilà un élu. Il s’assit au piano et nous ouvrit des régions merveilleuses. Nous nous sommes sentis attirés dans un cercle magique qui allait toujours s’élargissant. Joint à cela un jeu tout à fait original, qui faisait jaillir du clavier tout un orchestre de voix douloureuses et triomphantes ». Non sans excès, Schumann ajoutait que ce « Mozart du 19e siècle » se présenta « telle Minerve jaillissant tout armée de la tête de Zeus », habillé « du génie de la modestie ».

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