Evgueni Kissin, la tradition renouvelée

Prodige porté au firmament par Herbert von Karajan dès l’âge de 16 ans, Evgueni Kissin s’est imposé sur la scène internationale comme l’héritier de la grande tradition russe. En septembre, paraît l’intégrale des concertos de Beethoven, avec le London Symphony Orchestra et Colin Davis. Retour sur une carrière et entretien.

A seulement 36 ans (il est né à Moscou le 10 octobre 1971), Evgueni Kissin possède un singulier privilège : il restera le dernier pianiste soviétique, c’est-à-dire que sur bien des points – sa formation, ses débuts, son répertoire, son style également –, il poursuit l’exemple de grands aînés comme Richter, Guilels, Oborine, Neuhaus et tant d’autres.
Ce statut particulier, il le doit à la fois à son âge et à son étonnante précocité. Comme beaucoup d’enfants prodiges, il sut la musique avant la lecture et même avant de parler puisqu’il commence à jouer à l’oreille, à reproduire des airs et à improviser à l’âge de 2 ans, tel Hercule étranglant son premier monstre dès le berceau. Le système musical soviétique avait prévu quelque chose pour de tels enfants : l’Institut Gnessine où l’on formait les surdoués de la musique. Ce fut là qu’il rencontra Anna Pavlovna Kantor qui demeurera par la suite son unique professeur, tissant avec lui une relation particulière, pas tout à fait maternelle – car le jeune Evgueni avait aussi une mère très vigilante –, mais beaucoup plus que simplement pédagogique.

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