Schubert et Beethoven

L’un est allemand, aime les grandes formes et révèle un caractère ombrageux. L’autre est autrichien, excelle dans la miniature et cultive la discrétion. Plus que les vingt-sept ans qui séparent Beethoven de Schubert, c’est une appréhension différente du monde qui différencie les univers sonores des deux grands créateurs.

« Beethoven en écrivant Coriolan s’est peut-être peint lui-même, patricien de l’art ; Schubert, plus timide ou moins orgueilleux, n’a pas écrit son Coriolan », lisait-on dans Le Monde musical à l’occasion du centenaire de la mort de Schubert, en 1928.
Qui ne connaît les images de Beethoven, avec son regard ferme et volontaire, son air bourru, sa crinière de lion, sa stature imposante malgré sa petite taille, même si Frédéric Rochlitz avait remarqué qu’atteint par la surdité et enfermé dans la solitude et la misanthropie, il n’en semblait pas moins animé d’un mélange de bonté et de timidité ? Qui n’a pas été touché par la modestie tenaillante et le regard timide d’un Schubert discret et réservé derrière ses petites lunettes lui donnant, dit-on, un regard fixe qui s’animait lorsque la conversation tombait sur la musique ? Beethoven ne dédaignait pas de fréquenter l’aristocratie viennoise, de faire des princes ses amis. Schubert semblait loin de ce milieu, favorisant ses cama­rades musiciens avec lesquels il aimait s’enivrer de musique dans l’intimité des fameuses “schubertiades”. On a coutume de dire que l’un, Beethoven, est dramatique, et que l’autre, Schubert, est plus lyrique, que le premier semble plus volontairement constructif, alors que le second, dont les « divines longueurs » arrêtent en quelque sorte le temps, paraît pouvoir interminablement se vouer à la contemplation.

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