Les interprètes historiques de Schubert

Mal compris et mal aimé du public, Schubert le fut aussi des interprètes. Il fallut attendre plus d’un siècle après la disparition du compositeur pour que les pianistes abandonnent le clinquant de la virtuosité et perçoivent la richesse de son univers intimiste.

A l’inverse de celles de Liszt, Chopin ou Beethoven, la tradition du piano schubertien est relativement récente. Longtemps après l’avènement du support phonographique, ses limites en termes de durée et une méconnaissance du piano schubertien ont conduit les pianistes à n’enregistrer que des pièces mineures ou des transcriptions de lieder réalisées par Liszt. Comme si l’on ne pouvait accéder à Schubert que par le truchement d’un romantisme flamboyant et virtuose. Le discophile ou l’amateur d’histoire du piano essaiera de retrouver des gravures de Frederic Lamond (Le Roi des aulnes), d’Egon Petri (La Truite) ou d’Ignaz Friedman (Marche militaire) chez des éditeurs spécialisés dans les repiquages de 78 tours, pour s’imaginer la manière dont on se représentait Schubert avant la guerre, en n’hésitant pas à le surcharger d’intentions et d’afféteries dont un pianiste actuel rougirait. Plus près de nous encore, Vladimir Horowitz considérait Schubert avec une relative condescendance, enregistrant même l’Impromptu en sol bémol dans une transcription en sol et donnant de la Sonate D 960 des enregistrements discutables.

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