Naissance de l’écriture pianistique, une œuvre témoin : La Fantaisie en do majeur K. 395 de Mozart

La Fantaisie en ut majeur K.395 de Mozart oscille entre l’influence de Bach et l’annonce du style beethovénien… Œuvre charnière, elle révèle l’impact de l’invention du pianoforte sur la composition. Par cette fantaisie surgit un nouveau monde musical, s’échappant de la rigueur contrapuntique pour se tourner vers l’expression.

La seconde moitié du 18e siècle apparaît, en regard de l’évolution générale de la musique, comme un des grands moments de l’histoire de ce langage. Celle-ci a su créer, par-delà certaines « fautes de routine (1) », de nombreux visages musicaux en faisant surgir de nouvelles démarches compositionnelles se voulant expressives, de nouvelles formes, de nouveaux instruments pour les mieux adapter.
L’importance accrue donnée par les compositeurs – Mozart et Beethoven notamment – à une nouvelle forme d’improvisation, moins strictement conduite par des procédés d’écriture, moins contrapuntique, est significative d’une attitude neuve à l’égard du fait musical. Cette ère de l’Empfindsamkeit (sensibilité), « qui tend déjà à fondre les genres et donc à les confondre (2) », ravive de l’intérieur ces nouvelles formes ; « nulle époque antérieure n’avait produit une floraison aussi touffue de fantaisies pour tous les instruments, nulle autre surtout n’avait cherché à y exprimer librement les mouvements de l’âme, ou du moins ce que l’on était convenu d’appeler ainsi (3) ». Genre très ancien qui trouve « son origine dans le développement des instruments à clavier (orgue et clavecin) (4) » et qui, au 16e siècle, « se confond souvent en Italie avec le ricercare de style contrapuntique ou le prélude quasi improvisé (5) », la fantaisie attira beaucoup les compositeurs, de Francesco Da Milano à C.P.E. Bach, à cause de la disponibilité très variée de sa structure interne. Le nouvel instrument à marteaux, qui ne cessera pendant un siècle de se perfectionner, va alors peu à peu, à partir de 1731 jusqu’au début du 19e siècle, remplacer les instruments à clavier que sont le clavecin et le clavicorde.

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