Le regard d’Alexandre Tharaud

Il est à coup sûr l’un des pianistes les plus doués de sa génération… et sans doute l’un des plus atypiques. Osant au piano, en pleine effervescence baroque, les Suites de clavecin de Rameau (Harmonia Mundi), qu’il joue, en récital, mêlées à pièces de jeunes compositeurs d’aujourd’hui, il a fait sienne la musique française qu’il défend avec ardeur mais sans exclusive. Il a visité, au disque, Chabrier, Ravel, Poulenc… et beaucoup joué Debussy en concert. Il parcourt avec nous ce numéro.

Rien de ce qui touche la musique française n’est étranger à Alexandre Tharaud. S’il a peu enregistré Debussy, il l’a, en revanche, fréquenté en récital, avouant une dilection particulière pour le Ier Livre des Préludes. Lorsque nous l’avons rencontré, il venait de mettre la dernière main à l’enregistrement de l’intégrale de l’œuvre pour piano seul de Ravel.

Vous semblez vous intéresser davantage à Ravel qu’à Debussy…
Il est vrai que je viens d’enregistrer une intégrale de la musique pour piano de Ravel. Cela a été très prenant de “vivre” ainsi avec Ravel, de ressentir et, en quelque sorte, d’absorber la solitude profonde de cet artiste. Mais j’aime à réaliser ainsi des intégrales, comme celle de Chabrier, il y a quelques années : cela correspond à un besoin chez moi d’aller au fond des choses.
Il faut remonter à quelques années en arrière, lorsque j’ai enregistré mon premier disque Poulenc. J’ai alors décidé de me fixer une ligne de conduite dans ma discographie, en veillant à ce qu’il y ait une cohérence entre chacun de mes enregistrements consacrés en grande parrtie à la musique française.
En 2002, mon disque Rameau est sorti et a reçu une “réponse” de la part du public. Rameau a changé radicalement ma façon d’aborder la musique française. Cet enregistrement était un retour aux sources, car je considère Rameau comme le “grand-père” – certes un peu éloigné – de tous ces compositeurs français qui vont de Chabrier au Groupe des Six. D’ailleurs, à la fin de ce disque Rameau, j’ai tenu à graver l’Hommage à Rameau de Debussy.
Je reviendrai certainement vers Debussy – au disque puisque je l’ai déjà beaucoup joué en concert – mais ce n’est pas dans un avenir immédiat.

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