Alfred Brendel, un portrait

Alfred Brendel est, selon nous, le pianiste emblématique de ces vingt dernières années. Héritier de l’école austro-hongroise, loin des foucades de certains de ses illustres confrères ou du fascinant charisme d’autres, il incarne ce dont le 21e siècle a le plus besoin : l’intelligence, la culture, la rigueur, un brin d’humour… tout en nous apportant une émotion particulière.

Chaque année, le 5 janvier, le soleil est à peu près à 13 degrés du Capricorne. Cette position doit être particulièrement “pianistique”, car elle provoqua la venue au monde d’Arturo Benedetti Michelangeli, en 1920, d’Alfred Brendel onze ans plus tard et, après un nouveau cycle de onze ans, de Maurizio Pollini. Alfred Brendel est un pur produit de la Mitteleuropa. Il naquit en Moravie du Nord, dans la petite ville jadis nommée Wiesenberg et aujourd’hui Vizmberk, dans l’actuelle République tchèque. Son père, un ingénieur autrichien, entraîne bientôt sa famille dans l’île de Krk, alors yougoslave, aujourd’hui croate, où il va gérer un hôtel. Le jeune Brendel fera donc ses classes à Zagreb.

Les années de formation

On imagine mal, en particulier en France, ce que pouvait être la vie culturelle de la classe moyenne du défunt Empire austro-hongrois. Les professeurs de piano locaux, parfois très obscurs, avaient été en contact, plus ou moins, avec la flamme vive de la grande école pianistique romantique. C’était le cas de Sofia Dezelic, le premier professeur de Brendel, élève elle-même du grand virtuose Max Pauer. Comme pour beaucoup de futurs artistes, célèbres ou obscurs, il y eut aussi un petit monsieur organiste de paroisse à Zagreb qui lui apprit les rudiments de l’harmonie.

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